Un rapport publié en janvier 2026 par le Commissaire à l’admission aux professions du Québec, rattaché à l’Office des professions du Québec, vient poser un constat que beaucoup pressentaient, sans avoir encore les données pour le confirmer : l’intelligence artificielle fait désormais partie des vecteurs de fraude et de plagiat dans les processus d’admission aux professions réglementées.

Pour Nexam, ce rapport résonne avec une acuité particulière. Il valide une réalité que nous observons sur le terrain depuis plusieurs années et soulève une question urgente pour les ordres professionnels et les associations : sommes-nous équipés pour y répondre ?

Et si ce constat est documenté dans le contexte de l’admission aux professions réglementées, il serait naïf de croire qu’il s’y limite. Par extension, on peut raisonnablement s’attendre à retrouver la même réalité dans toutes les sphères où l’évaluation joue un rôle déterminant : le milieu scolaire et universitaire, les processus de dotation et de recrutement, les certifications professionnelles, ou encore les examens d’admission. Partout où une évaluation conditionne une décision importante, le risque de recours inapproprié à l’IA existe.

L’IA est-elle utilisée pour tricher dans les processus d’évaluation et d’admission ?

La vérification systématique menée auprès des 46 ordres professionnels québécois documente pour la première fois au Québec l’utilisation inappropriée de l’IA à trois étapes clés du processus d’admission :

  • Les examens : un ordre a signalé le recours à des outils d’IA lors d’une séance d’examen
  • Les portfolios et échantillons de travail : plagiat par IA documenté, incluant la copie de contenus générés automatiquement
  • Les stages : utilisation inappropriée de l’IA dans des travaux rédigés dans le cadre d’un stage

Ce n’est plus une hypothèse de travail. C’est une réalité mesurée, consignée dans un document officiel du gouvernement du Québec.

Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Le rapport souligne lui-même que le nombre de cas détectés reste « relativement bas » — ce qui ne signifie pas que les situations sont rares, mais bien que les ordres sont encore peu nombreux à disposer des mécanismes pour les identifier et les documenter.

Pourquoi la majorité des ordres professionnels ne sont-ils pas en mesure de gérer un cas de fraude avant la délivrance du permis ?

Le rapport met en lumière une fragilité structurelle : 58,7 % des ordres professionnels n’ont aucun cadre normatif pour gérer la fraude ou le plagiat avant la délivrance du permis d’exercice. De plus, 67,4 % n’ont aucune procédure d’enquête formalisée lorsqu’un cas est soupçonné.

Autrement dit, même quand la fraude est détectée, beaucoup d’ordres ne savent pas exactement comment réagir ni sur quelle base juridique le faire. Et si les cadres normatifs peinent à suivre, les outils d’évaluation eux-mêmes peuvent jouer un rôle déterminant dans la prévention.

Comment détecter l’utilisation de l’IA dans les évaluations professionnelles ?

L’IA générative a profondément changé la nature du plagiat. Il ne s’agit plus seulement de copier-coller un texte trouvé en ligne. Aujourd’hui, un candidat peut produire en quelques secondes un texte original en apparence, mais entièrement généré par une machine, sans que l’œil humain ne puisse le distinguer d’un travail authentique.

Face à cette réalité, les ordres professionnels et les associations ont besoin de trois capacités essentielles :

  1. Détecter le recours à l’IA dans les productions écrites et les évaluations
  2. Documenter les cas de façon rigoureuse pour pouvoir agir sur des bases solides
  3. Intervenir de manière équitable, transparente et défendable

C’est précisément sur la détection et la documentation que des solutions comme celles développées par Nexam prennent tout leur sens. Intégrer des outils de surveillance et de détection directement dans le processus d’évaluation, que ce soit pour des examens en ligne, des travaux soumis ou des portfolios, permet de combler le fossé entre la réalité du terrain et la capacité d’intervention des organisations.

Que peut-on faire concrètement pour protéger l’intégrité du processus d’admission avant la délivrance du permis ?

Le rapport du Commissaire recommande de doter les ordres d’un pouvoir généralisé et formalisé pour intervenir dans les situations de fraude avant même la délivrance du permis. C’est une piste législative importante, mais qui prendra du temps à se concrétiser.

En attendant que la loi évolue, les ordres ne sont pas pour autant sans leviers. En parallèle des réformes normatives, des mesures concrètes peuvent être mises en place dès maintenant pour renforcer l’intégrité du processus d’admission :

  • Faire signer une déclaration d’intégrité aux candidats à chaque étape clé
  • Rappeler clairement les règles sur l’utilisation de l’IA avant chaque évaluation
  • Concevoir des examens authentiques qui limitent le plus possible le recours à l’IA, en favorisant des mises en situation, des cas pratiques ou des questions de jugement professionnel
  • Intégrer des questions en format vidéo ou audio dans les évaluations, considérant qu’il est nettement plus difficile de tricher à l’oral qu’à l’écrit
  • Mettre en place une surveillance active lors des examens, à distance comme en présentiel
  • Utiliser des outils qui génèrent des preuves documentées en cas de comportement suspect
  • Conserver une traçabilité complète des évaluations pour pouvoir agir sur des bases solides si une fraude est détectée, que ce soit avant ou après la délivrance du permis

La loi peut définir les sanctions. Elle ne peut pas détecter la fraude à la place des organisations. C’est pourquoi agir maintenant, avec les moyens disponibles, est non seulement possible, mais nécessaire.

Quel est le prochain pas pour les ordres professionnels face à la montée de la fraude par IA ?

Le rapport du Commissaire à l’admission aux professions du Québec est un signal clair. L’IA dans les processus d’évaluation n’est plus un risque futur à anticiper : c’est un défi présent à adresser.

Pour les ordres professionnels, les associations et toutes les organisations qui gèrent des processus d’admission, la question n’est plus si elles doivent agir, mais comment et avec quels outils.

Source : Commissaire à l’admission aux professions du Québec, Portrait de l’admission aux professions : Fraude et plagiat dans le processus d’admission aux professions réglementées, janvier 2026.